COLERE

S'il faut savoir tempérer un caractère colérique, il faut aussi savoir en reconnaître l'origine, qui a souvent à voir avec l'éducation. Tout nouveau-né est partagé entre des moments de bien-être (la satiété par exemple), et des périodes de malaise (faim, colique, etc...). Il répond à ces sensations désagréables, voire douloureuses, par des réactions d'agitation pouvant aller jusqu'à la rage. Ses cris et ses mouvements sont à comprendre comme des tentatives pour mettre hors de lui le mauvais dont il veut se débarasser. Les manifestations de colère d'un tout-petit sont donc un mécanisme sain de protection : le rejet de ce qui est perçu comme agressant, venant du monde extérieur ou de l'intérieur de lui-même. Dans le cas où les choses se passent globalement bien, c'est à dire quand les frustrations sont correctement dosées, le bébé vit suffisamment d'expériences positives. Sa perception du monde reste alors assez bonne pour qu'il continue à vouloir communiquer avec confiance. Mais si les expériences frustrantes sont trop fréquentes ou trop intenses, le bébé aura la perception d'un monde menaçant dont il faut se méfier. S'installera alors en lui un besoin d'agression, qu'on peut envisager comme un potentiel de violence, et son corrolaire, la peur de l'agression venant de l'extérieur.

Dans cette dynamique, la réaction des adultes est un élément important. Un bébé paisible, heureux, reçoit volontiers des feedbacks positifs qui réalimentent son bien-être et sa confiance. Par contre, un bébé qui pleure beaucoup, qui est "difficile", suscitera des réactions d'inquiétude, d'agacement, voire d'agressivité de la part du parent le mieux attentionné. De ce fait, l'émotion colère devient pour le petit connotée de négativité. Souvent même les adultes parlent de "méchanceté", ce qui risque d'entraîner par la suite le cercle vicieux que certains parents et éducateurs connaissent bien : plus l'enfant est grondé, plus on essaie de le "dresser", de lui faire taire ses colères, plus il se sent rejeté, proteste, s'agite, refuse, etc... Ou bien, pour se protéger du rejet, il devient soumis et conforme, mais c'est alors au détriment de son épanouissement. Une éducation qui ne condamne pas la colère ou l'agressivité, qui permet à l'enfant d'exister sans répression émotionnelle, n'implique pas de lui donner le droit de tout faire;  par rapport aux actes les limites sont indispensables. Il s'agit de l'autoriser à dire ce qu'il pense et ressent, y compris sa colère, ses refus, sans être considéré comme  méchant. Les émotions ne se jugent pas ! Si l'adulte respecte l'enfant, celui-ci apprendra aussi à respecter l'autre. Par contre, celui qui aura du réprimer sa colère, ravaler ses larmes, taire ses peurs, n'aura pas appris le respect de lui-même et de l'autre. Paradoxalement, il sera d'autant plus enclin à se montrer coléreux une fois son seuil de tolérance franchi.

 

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